Réflexions existentielles

Dilettante assidue.

Je réalise que je n’ai jamais expliqué pourquoi j’avais choisi ce nom de blog.

C’est bien simple pourtant, ce nom défini bien ce que je suis. J’ai beaucoup de centres d’intérêts dans la vie, j’en ai parfois tellement qui se développent en même temps que je ne sais plus ou donner de la tête. Je fonctionne au coup de cœur. Le bon côté dans tout ça c’est que je me donne à fond le temps que ça dure. Le moins bon, vous l’aurez compris, c’est « le temps que ça dure ». Ce n’est pas que la chose qui me passionnait tout à coup ne m’intéresse plus, c’est que je suis tombée sur une autre activité qui a titillé mon intérêt et qui nécessite pour l’approfondir beaucoup d’investissement, de temps, et de travail.

Or, vous l’avez tous remarqué, nous ne disposons que de 24 heures par jour, et encore ce n’est pas comme si l’on consacrait chacune d’elle à notre/nos passion(s)… Pour couronner le tout, nous n’avons que quelques années devant nous, les premières sont déjà largement employées à fournir un effort intellectuel  des plus conséquents sur des sujets qui ne nous intéressent pas forcément au moment où ils nous sont soumis. Mais avec un peu de chance, nos parents ont eu les moyens et l’idée de nous initier à quelques activités extra-scolaires qui nous auront un peu plus épanouis que la plupart de nos petits camarades.  Hélas les choses sérieuses ne font que commencer : viennent ensuite les études, puis le travail. On nous fait bien comprendre d’emblée que de leur réussite dépend notre survie. Le temps nous semble encore plus réduit que lorsque nous étions enfants. Nous ne vivons pour nous-même en moyenne que deux jours par semaine, le reste du temps nous sommes aux services des autres. Nous consacrons nos plus belles années à un patron, parfois plusieurs. Nous mûrissons. Nous égaillons nos vies par le choix d’un partenaire, parfois plusieurs. Nous vieillissons. Nous décidons de nous installer à deux voir à plusieurs. Nous construisons un foyer, une famille. Il paraît qu’un couple sans enfant n’est pas heureux ? Qu’à cela ne tienne, sous la pression de la société, de nos proches et de notre famille pétris de bonnes intentions, nous nous exécutons, parfois plusieurs fois, pour combler un vide qui nous dévore, pour satisfaire une exigence punaisée comme sacro-saint commandement du bonheur conjugal.  Encore du temps qui s’envole, que nous avons choisi d’engloutir et de consacrer au bien-être de nos êtres chers, choix non moins honorable, mais du temps que nous ne pouvons plus nous octroyer néanmoins. Et puis enfin, la retraite, tardive, temps bénis durant lequel nous nous autorisons à repenser à notre jeunesse et à ses rêves, où nous envisageons même de les réaliser si notre constitution physique nous le permet encore — notre bourse également. Sinon, c’est le moment de les réinventer, d’imaginer une vie différente. À plus de soixante balais, on nous affranchi enfin ! Nous nous voyons gratifié du droit de disposer de nos vies comme nous l’entendons, mais pour combien de temps encore, et pour quelle qualité de vie ?

Mais si la fuite du temps était le seul problème de notre équation, elle serait bien simple !

Le réel problème, c’est que nous subissons sans mot dire les attaques répétées et dévastatrices d’un ravisseur en série, d’un voleur de rêves, d’un séquestreur limiteur d’ambitions, auquel nous nous soumettons depuis notre plus tendre enfance par le biais de nos parents (eux-mêmes reformatés, programmés dans les mêmes conditions). Ces parents qui dans un premier temps constituent l’intégralité de notre univers encore doux et chaleureux. Puis cet univers s’élargit, s’étend, et au fur et à mesure que nous grandissons nous apprenons que pour survivre, car il s’agit bien de cela, nous devons nous adapter au prix de terribles renoncements pour certains. Quant aux plus rebelles d’entre nous, peu enclins à se rendre dociles, on les contraint par un subtil jeu de bâtons où le recours à la carotte n’a pas véritablement droit de cité, une illusion :

Pour prétendre au bonheur, la première phase consiste à nous faire miroiter des qualités (aux critères volontairement très limités) dont nous soi-disant manquons. Les premières en tête : beauté et réussite.

Nous nous sommes fait déposséder de notre capacité à définir notre bonheur, nos valeurs, à nous auto-estimer, nous aimer. On nous fait croire qu’il n’existe qu’UN type de bonheur, qu’UN type de beauté, qu’UNE façon d’aimer et d’être aimer. Nous apprenons à nous détester, à nous mettre plus bas que terre, à nous en remettre au regard de l’autre dans l’espoir qu’il nous tirera de notre trou.

Soumets-toi, et nous t’aimerons.

La seconde phase et non la moins sournoise fonctionne en deux temps :

1- Maintenir l’individu dans le manque constant d’approbation extérieure. Le mettre en position de  faiblesse psychologique en le soumettant au principe de compétition, il apprendra ainsi à envier ceux qui sembleront mieux réussir que lui. Sentiments d’infériorité, d’impuissance et frustration seront son lot quotidien.

2- Dans un monde surpeuplé, un système ne peut espérer se pérenniser s’il ne compte que sur une poignée d’agents pour maîtriser la masse. Non. Le meilleur moyen d’assurer sa durabilité est de faire en sorte que chaque individu se fasse à la fois l’esclave et le bourreau du système. L’individu traque, méprise, déteste, raille, craint quiconque donnant des signes de fuite hors du moule.  Les réactions peuvent aller du simple au triple, de la feinte indifférence jusqu’à porter lui-même les coups qui l’ont fait ployer (harcèlement morale parfois même physique).

Et si par le plus grand des hasards toutes ces violences ne lui avait pas encore fait prêter allégeance au système, il reste toujours la manière forte, la 3eme phase. La menace de représailles si entêtement au non respect des règles il y a, puis l’on s’en prendra à son porte monnaie et enfin, la case prison, vous connaissez ?

Alors c’est à cela que nous donnons notre consentement jour après jour… Serions-nous simplement nés pour vivre en servitude ? Servir de vache à lait et de vivier frais et docile ?

N’avons-nous ni le droit de vivre pour nous, de créer, de construire pour nous-même. Doit-on toujours se laisse dicter nos conduites, nos pensées, nos aspirations, nos rêves et nos réflexions ? On anesthésie nos cerveaux en nous harassant de travail, on nous bombarde de divertissements plus débiles les uns que les autres. Ce à quoi nous disons « amen ». On nous traite comme des imbéciles et nous sommes heureux de leur donner raison.

La plupart d’entre nous ne nous posons même pas la question, les choses sont ainsi, diront-ils, il faut bien s’en contenter, ils s’appliquent à ne pas faire de vagues, pas peur d’attirer l’attention sur eux ou au contraire par peur de perdre l’approbation générale. C’est important, le regard des autres. C’est tout ce qu’on connaît, si on le perd, on perd tout. Et alors reste à se confronter au vide qui nous envahit, qu’on ne sentait plus jusqu’ici mais qui prend toute sa réalité dès lors que l’on se trouve seul. Cette part abominable de nous-même qu’on n’a jamais pris la peine de découvrir, définir, apprivoiser et aimer, laissée pour morte. Cette part de nous-même que l’on a à peine eu le temps d’entrevoir enfant et qu’on nous a fait museler dans la douleur car trop imprévisible, trop vive, trop erratique, inadaptée au système. Savons-nous seulement qui nous sommes vraiment, nous adultes robotisés, programmés à ne suivre que les mouvements de foules. Les marques, les modes, les fringues, la façon de parler, la façon de se comporter, la façon de penser.

Quand est-ce qu’on décide qu’y’en a marre ? Quand est-ce qu’on décide de reprendre nos vies en main ? De faire de nous de vrais êtres-humains et non des humanoïdes dépourvus d’âmes, des coquilles vides ? De faire ce qui nous met réellement en joie et pas ce que la société a envie de faire de nous ?

C’est sans doute pour ça que je n’arrive pas à me fixer sur une seule activité à la fois, parce que j’ai conscience du temps qui file et que personne n’est vraiment privilégier face aux obligations qui nous grignote de plus en plus de l’intérieur.

Et pourtant ce qui nous anime devrait toujours être plus important que nos soi-disant devoirs. On ne devrait pas se sentir coupable de le penser, ni d’essayer d’accomplir nos rêves.
C’est pourquoi chacun devrait s’efforcer d’accomplir au moins un petit acte de rébellion par jour : s’offrir une soupape d’oxygène, un moment de répit durant lequel il aurait réellement l’impression d’être vivant.

Combien de fois par jour vous sentez-vous en vie et non en survie ? Chacun devrait trouver ce que signifie pour lui être vivant, et ne pas se laisser influencer par son voisin. Ne pas se comparer les uns les autres, car nous concernant, le seul jugement de valeur qui compte, c’est le nôtre, et pour une raison fort simple : personne ne peut savoir ce que ça fait d’être dans nos pompes mieux que nous-même.

Faites les choses pour votre propre satisfaction personnelle, pas dans l’espoir d’être admiré ou envié.

Faites-les pour apprendre à vous aimez, pour vous déprogrammer et pour découvrir qui vous êtes vraiment, mais surtout pour profiter de la vie. C’est à ça, que me sert mon blog.

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