De l’art sans le vouloir

Sur le chemin de la gare, il y a ce mur que je longe chaque fois que je descends rendre visite à mes parents. Ce mur m’a toujours interloquée, fascinée. Il est  tagué certes. Encore un, direz-vous. Mais celui-ci est différent. J’irai même jusqu’à dire que sans tous ces tags, il ne serait pas achevé ni aussi beau.

Ce sont les couleurs qui me parlent. D’abord un assemblage de textures de briques différentes et puis ces couleurs : du orange puis du jaune puis du orange … On aurait dit que déjà ce fond posé et pour le moins original invitait le passant à la créativité. Et ça n’a pas raté !

Je ne cherche pas à comprendre tout ce que ces graffitis peuvent signifier, ce n’est pas ce qui m’intéresse. C’est plutôt la façon dont toutes ces couleurs vibrent ensemble, la complémentarité du bleu sur le orange, les lettres jaunes rappelant la section de briques jaunes, le blanc qui tranche et se détache nettement ça et là de toute cette composition collective et le noir qui ajoute sa note de profondeur… Tout cela, toujours de manière équilibrée et harmonieuse.

C’est quand même extraordinaire qu’on puisse en arriver là, alors que j’imagine bien qu’à aucun moment le maçon n’a eu l’intention de créer une œuvre d’art. Il a fait son mur avec les matériaux qu’il avait, point. Et le premier anonyme qui est venu barbouiller cette page vierge avec sa bombe de couleur ne s’est certainement pas dit non plus qu’il apportait sa pierre à l’édifice ou qu’il initiait le début d’une réalisation à multi-mains. Et les autres, que se sont-ils dit ? Pourquoi toutes ces couleurs, savamment choisies qui plus est ? Comment est-ce possible sans intention artistique aucune ?

Je trouve émouvant que quelque chose d’aussi trivial qu’un mur tagué puisse dégager autant de beauté lorsqu’on pense qu’il a été façonné, détérioré, vandalisé par différents acteurs qui ne se sont probablement jamais rencontrés et qui avait chacun en tête une fin qui leur a été propre sans doute très éloignée de ce que moi je vois aujourd’hui.

Une œuvre malgré elle.

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